Reflexions

SUR L’ASTROLOGIE



SUR
L’ASTROLOGIE : RÉFLEXIONS DE DEUX ASTRONOMES

 François
Biraud & Philippe Zarka
 

Observatoire de Paris, Meudon



________________

SOMMAIRE

1 – INTRODUCTION

2 – QU’EST-CE QUE L’ASTROLOGIE ?

2.1 – Les principes de base de l’astrologie

2.1.1 – Le zodiaque et les signes

2.1.2 – Le "thème" ou "horoscope de naissance"

2.1.3 – La domification

2.2 – Les faux-problèmes de l’astrologie (et
quelques vrais …)

2.2.1 – Le problème des hautes latitudes

2.2.2 – La précession des équinoxes et le 13ème
signe du zodiaque

3 – L’ASTROLOGIE EN TANT QUE SCIENCE OU "COMMENT
ÇA MARCHE ?"

4 – DES TESTS DE L’ASTROLOGIE ou "EST-CE QUE CA
MARCHE ?"

4.1 – Une seule méthode de test

4.2 – Résultats positifs …

4.3 – … et résultats négatifs

5 – L’ASTROLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE ?

6 – ASTROLOGIE ET SOCIÉTÉ ou "À
QUOI CA SERT ?"

7 – COMMENT PRENDRE LE DÉBAT ?

8 – CONCLUSIONS

Remerciements

ANNEXE : Citations

QUELQUES RÉFÉRENCES

NOTES



1 – INTRODUCTION

Plus on se bat contre l’astrologie, plus elle fleurit [1–3]
: il y a un problème quelque part ! Il semble que les arguments
avancés par les astronomes ne soient pas convaincants, et que la
stratégie utilisée ne soit pas adaptée.

Or, l’astronome doit s’exprimer sur l’astrologie,
car il y est sans cesse "associé" par le public (par exemple,
les questions du grand public ou des "scolaires" lors des visites
de l’Observatoire de Paris-Meudon-Nançay ont souvent trait à
l’astrologie) et par les astrologues eux-mêmes qui entretiennent
la confusion des genres et en tirent crédit. En tant que scientifique,
il dispose de la "grille d’analyse" lui permettant de conclure
que l’astrologie est une fausse science (section 5) dont les prédictions
sont infondées (section 3) et erronées (section 4). En tant
que citoyen, il devrait combattre son développement, qui est celui
de l’obscurantisme, et surtout son exploitation économique et politique
(section 6).

A partir de ce constat, nous livrons ici quelques
réflexions visant à dépasser l’échange habituel
– et stérile – des arguments standards et parfois erronés
qu’astronomes et astrologues se jettent mutuellement à la tête
pour critiquer ou défendre l’astrologie. Nous nous attachons notamment
à distinguer les arguments solides qui permettent de réfuter
l’astrologie de ceux qui sont plus contestables, afin de permettre aux
astronomes d’aborder le débat mieux armés et moins vulnérables.
Nous esquissons également une analyse des raisons du succès
de l’astrologie et suggérons les grandes lignes d’un travail de
fond (effort d’information et d’éducation) et de forme (accessibilité
et attrait du discours correspondant) qui nous semble nécessaire
de la part des astronomes et des scientifiques en général.

2 – QU’EST-CE QUE L’ASTROLOGIE ?

Par honnêteté intellectuelle, aussi
bien que pour ne pas se faire contrer à juste titre par les astrologues,
il faut connaître le sujet et ne pas utiliser d’arguments douteux[4].
On présente donc brièvement ici les principes de base de
l’astrologie, ainsi que quelques faux problèmes et vraies critiques
qui peuvent être formulées à son encontre.

Très tôt furent constatés les
liens entre certains phénomènes célestes et terrestres,
en particulier entre le déroulement des saisons et le parcours du
zodiaque par le Soleil. L’introduction arbitraire d’une relation de causalité
directe entre les phénomènes astronomiques observés
et le déroulement de la vie humaine a débouché sur
l’astrologie. Pour un historique détaillé, on pourra se reporter
au "Que sais-je ?" de l’astronome P. Couderc [1974], mais
aussi au livre de S. Fuzeau-Braesch "Pour l’astrologie…"
[1996].

2.1 – Les principes de base de l’astrologie

2.1.1 – Le zodiaque et les signes

Les "luminaires" (Soleil et Lune) et les
planètes se déplacent dans le zodiaque. On se contente en
général de les repérer par leurs longitudes écliptiques,
ce qui est raisonnable puisque les inclinaisons des orbites sont faibles
(0.8° à 3.4°, sauf Mercure 7° et Pluton 17.2°).

Le zodiaque, parcouru par le Soleil en un an, est
divisé en 12 "signes" égaux de 30° chacun.
Pour quelles raisons historiques ? La division de l’année en 4 saisons
est compréhensible (entre solstices et équinoxes). En revanche,
la division de chaque saison en 3 signes est arbitraire. Par exemple, il
semble que les hommes des mégalithes (il y a 4000 ans) aient divisé
les saisons en deux : beaucoup d’alignements donnent les levers (et couchers)
aux équinoxes et aux solstices, mais on en connaît aussi donnant
les dates intermédiaires [Heggie, 1981]. Mais sans doute 12 était-il
un "beau" chiffre…

L’histoire des noms des signes du zodiaque n’est
pas très claire [Gurshtein, 1995; Thurston, 1994]. Il semble évident
que certains ont été nommés d’après la constellation
correspondante à cette époque, par exemple les Gémeaux.
En revanche, la Balance, qui ne contient aucune étoile remarquable
(
a et b
sont de 3ème magnitude) tire son nom, selon
Virgile, de l’égalité jour/nuit lorsque le Soleil y entre,
à l’équinoxe d’automne.

2.1.2 – Le "thème" ou "horoscope
de naissance"

Il est défini par les positions des astres
dans le ciel au moment de la naissance.

Une partie du thème ne tient compte que des
positions des astres dans les signes et entre eux (ces derniers sont appelés
"aspects") : elle ne dépend donc pas du lieu, mais seulement
de la date. Ses variations sont lentes : le mouvement le plus rapide est
celui de la Lune qui met 2.5 jours à traverser un signe. Une autre
partie fait intervenir l’horizon, via le système des "maisons"
détaillé ci-dessous. Elle va donc dépendre du lieu.
Elle varie beaucoup plus vite, le ciel se déplaçant d’un
signe en 2 heures. La distribution des 8 planètes, du Soleil et
de la Lune dans les 12 maisons peut donc changer jusqu’à 120 fois
par jour.

Il en résulte que peu de gens ont des horoscopes
identiques, contrairement à ce que prétend un argument souvent
utilisé (à tort). Même dans une grande ville comme
Paris, il ne naît que 200 enfants environ par jour !

Le problème des jumeaux, à thème
identique et destinées différentes, devrait en revanche poser
problème aux astrologues …

2.1.3 – La domification

C’est la façon de définir les 12 maisons.

On définit "l’ascendant" et son
opposé le "descendant" par les intersections de l’horizon
et de l’écliptique, et le "milieu du ciel" et son opposé
le "fond du ciel" par les intersections du méridien et
de l’écliptique. Pour la suite, les astrologues ne sont pas d’accord
entre eux. Le système le plus utilisé est celui de Placidus
de Titis (qui date du 17ème siècle,
mais repris de Ptolémée) : on découpe le ciel autour
de l’axe horizontal Nord-Sud (et non de l’axe pôle Nord-pôle
Sud) en 12 fuseaux que le Soleil parcourt en des temps égaux du
lever au coucher (les "maisons diurnes") ou du coucher au lever
(les "maisons nocturnes"). Les maisons diurnes et nocturnes ont
donc des durées différentes. Il existe d’autres systèmes,
par exemple celui de Maternus qui a 12 maisons égales.

C’est la domification qui va poser un problème
aux hautes latitudes …

2.2 – Les faux-problèmes de l’astrologie
(et quelques vrais …)

2.2.1 – Le problème des hautes latitudes

Au delà des cercles polaires Nord ou Sud :

  • La partie du thème indépendante du
    lieu reste valable : de n’importe quel point de la Terre, à n’importe
    quel moment, on voit la moitié de l’écliptique, donc en général
    des planètes.
  • L’horizon et l’écliptique étant des
    grands cercles, ils se coupent en 2 points opposés : il y a donc
    toujours un ascendant (et un descendant), sauf pour un cas pathologique
    : sur le cercle polaire, une fois par jour, lorsque le pôle de l’écliptique
    passe au zénith.
  • Il y a toujours un milieu du ciel, sauf au pôle
    où on ne peut pas définir le méridien.
  • Finalement, seule la définition des maisons
    ne marche plus au delà des cercles polaires, lorsque le Soleil n’a
    ni lever ni coucher, c’est-à-dire au voisinage des deux solstices.
  • C’est trop souvent qu’on dit – à tort – que
    "les gens nés au nord du cercle polaire (Nord) n’ont pas
    d’horoscope"
    . On voit d’après les arguments ci-dessus que
    seule une partie de l’horoscope de naissance (liée aux maisons)
    n’est plus définie, et ce dans des cas relativement rares.

    Remarquons que les astrologues n’ont guère
    eu de flair : ce problème est dû au système de Placidus.
    Il eût été facile de l’éviter par une autre
    domification.

    2.2.2 – La précession des équinoxes
    et le 13ème signe du zodiaque

    L’argument très utilisé selon lequel
    l’astrologie ne vaut rien parce qu’elle ignore la précession (décalage
    d’un signe et demi par rapport aux constellations depuis l’antiquité
    – voir par exemple [Di Cicco, 1989]) est très dangereux. Il est
    d’ailleurs mentionné et réfuté dans la plupart des
    livres d’astrologie.

    Nous comptons actuellement les longitudes de 0°
    à 360°, mais il n’en a pas toujours été ainsi
    : on les a longtemps comptées en 12 signes de 30 degrés,
    et de 0° à 30° à l’intérieur de chaque signe.
    Les astrologues ont conservé cette convention, mais c’est seulement
    un archaïsme. La "Connaissance des Temps" a fait de même
    jusqu’en 1833 inclus[5] !

    Rappelons l’origine de ce problème : l’écliptique
    est fixe dans l’espace (sur les durées qui nous intéressent
    ici), mais l’axe de rotation de la Terre a un mouvement de précession
    de période 25800 ans environ[6].
    L’équateur – terrestre ou céleste – est entraîné
    dans cette précession, comme le sont ses intersections avec l’écliptique
    : les équinoxes. La précession des équinoxes provient
    donc du choix de l’origine des longitudes. Si on avait choisi, dans l’écliptique,
    une origine "fixe" dans l’espace (par rapport aux étoiles),
    les constellations seraient restées dans leur signe au cours du
    temps. En revanche, les influences du Soleil et de la Lune sur la Terre
    (saisons, marées) se seraient progressivement décalées
    par rapport aux signes et à leurs constellations associées.
    Il était tout aussi logique de mesurer les positions par rapport
    à l’intersection de l’écliptique et de l’équateur
    : le point vernal, noté "
    g"
    en référence au symbole du Bélier !

    La graduation de l’écliptique en 12 signes
    de 30° (zodiaque tropique ou saisonnier, par opposition au zodiaque
    des constellations) n’est donc rien d’autre
    qu’un repérage dans le ciel. Grâce à ce choix, malgré
    la précession, le beau temps, par exemple, revient (dans l’hémisphère
    Nord) lorsque le Soleil "entre dans le Bélier". C’est
    aussi à ce moment que l’on a des grandes marées. En revanche,
    les constellations se déplacent par rapport aux signes : on ne peut
    pas tout avoir !

    Notons que cette utilisation purement géométrique
    du zodiaque tropique évacue d’autres problèmes parfois soulevés
    par les opposants à l’astrologie :

  • La nature tridimensionnelle des constellations dont
    l’aspect résulte d’une projection sur le ciel d’étoiles situées
    à des distances quelconques de la Terre.
  • Les longueurs très inégales des intersections
    des constellations zodiacales avec l’écliptique.
  • L’omission du "13ème
    signe" (Ophiucus, entre le Sagittaire et le Scorpion) dans la bande
    du zodiaque.
  • Il ne faut pas oublier que le découpage actuel
    des constellations est très récent : il date d’une résolution
    de l’Union Astronomique Internationale de 1922.

    Là où les astrologues sont pris en
    flagrant délit d’incohérence, c’est lorsque l’interprétation
    du thème conserve la symbolique des constellations qui ont servi
    à baptiser les signes : force du Lion, caractère double pour
    les Gémeaux, etc. (mais il faut reconnaître que c’est rare);
    et aussi lorsque le déplacement du point vernal dans les constellations
    est pris en considération : "ère du Verseau". Il
    faudrait choisir !

    3 – L’ASTROLOGIE EN TANT QUE SCIENCE OU "COMMENT
    ÇA MARCHE ?"

    Il n’est pas toujours facile de faire la différence
    entre astrologie et science vraie. Ce n’est pas étonnant : vu de
    l’extérieur, il y a beaucoup d’analogies. Tout d’abord, l’horoscope,
    schéma objectif du ciel à un instant donné, n’est
    pas contestable. Seule son interprétation astrologique l’est. De
    plus, l’astrologie postule une relation entre les astres et les aptitudes,
    les comportements humains … Ceci n’a a priori rien d’anti-scientifique.
    L’astrologie ne fait appel à rien de surnaturel ni de métaphysique,
    contrairement par exemple à la numérologie, la divination,
    la voyance (tarots, boule de cristal, marc de café) ou … la religion
    ! C’est une erreur tactique que de mettre tout ça dans le même
    sac.

    Il faut même commencer par admettre qu’il existe
    des influences physiques des astres sur certains phénomènes
    terrestres (marées, saisons) qui à leur tour influencent
    l’homme. Le rôle de la Lune a été très étudié
    (voir par exemple Bianucci [1990]), ainsi que celui de la date de naissance
    sur les performances sportives [Dudink, 1994; Edwards, 1994; Baxer-Jones
    & Helms, 1994] ou scolaires [Azevedo et al., 1995; Gotoda, 1995]
    : la saison de naissance, associée au découpage des tranches
    d’âge par années scolaires, fait que les enfants les plus
    jeunes de chaque groupe sont généralement défavorisés
    quant à leurs performances sportives par rapport à leurs
    aînés de quelques mois; dans le cas des performances scolaires,
    Gotoda [1995] a suggéré que les enfants nés en été
    bénéficient d’une plus grande ouverture aux stimuli externes
    pendant les premiers mois de la vie, décisive pour la suite de leur
    développement cérébral.

    L’astrologie extrapole cette causalité aux
    planètes (mais curieusement, pas aux autres objets du système
    solaire : astéroïdes, comètes…), sans toutefois proposer
    la moindre justification physique de leur influence prétendue sur
    les êtres humains. Les astrologues négligent généralement
    cette question et rejettent sur leurs détracteurs la responsabilité
    de démontrer l’absence d’influence des planètes, tâche
    beaucoup plus ardue que le contraire (section 4).

    Ce qu’un scientifique peut (et doit) dire au minimum,
    c’est que cette influence n’est explicable en aucune manière,
    par aucune des interactions connues
    . Par exemple :

  • Les forces gravitationnelles (ou de marées)
    dues aux planètes sont insignifiantes devant celles du Soleil et
    de la Lune, et comparables à celles exercées par la Tour
    Eiffel ou une montagne proche, ou même le médecin accoucheur[7]!
  • Le rayonnement (la lumière) que nous recevons
    des planètes est insignifiant par rapport à celui reçu
    du Soleil ou de la Lune (sauf en radio basses fréquences et seulement
    pour Jupiter – voir par exemple [Zarka, 1998]).
  • Plus généralement, le fait que toutes
    les planètes aient une influence d’importance comparable malgré
    leur éloignement différent exclut pour la loi qui gouvernerait
    cette influence toute forme de dépendance simple par rapport à
    la distance. Par exemple, ainsi que l’explique Pecker [1983], si cette
    influence suivait une loi en 1/R2 (comme la gravitation
    ou le rayonnement), chaque coquille sphérique de rayon R centrée
    sur la Terre comptant grosso-modo un nombre d’astres proportionnel à
    R2, sa contribution serait proportionnelle a R2
    ¥1/R2
    … et donc égale à celle de n’importe quelle autre coquille.
    Il n’y aurait donc aucune raison de se limiter aux astres du système
    Solaire, et on devrait prendre en compte l’influence de tous les astres
    de l’Univers !

    Mais prudence : les astrologues n’ont jamais prétendu
    que l’effet était d’origine gravitationnelle, ni radiative ! Le
    problème est en fait qu’ils n’ont rien prétendu, et qu’ils
    opposent une ligne de défense extrêmement "molle"
    ("stratégie de l’édredon") aux attaques
    de cette nature.

    Les plus ardents défenseurs de l’astrologie
    suggèrent (qualitativement) des effets subtils ou inconnus. Comme
    exemple des premiers on peut imaginer une sensibilité humaine particulière
    aux ondes gravitationnelles de très basses fréquences dont
    les périodes correspondraient aux révolutions planétaires;
    mais là encore, leur intensité serait plus faible que celles
    produites par les étoiles binaires massives ou les explosions de
    supernovae. Les seconds nous ramènent à la question de l’existence
    d’une 5ème force (en plus de la gravitation,
    de la force électromagnétique – qui se propage via les ondes
    lumineuses, radioélectriques, etc. -, et des deux interactions nucléaires
    à très courte portée) encore jamais mise en évidence
    par ailleurs; voire d’une 6ème force etc.

    Certains astrologues tirent argument de la mode des
    phénomènes dits "sensibles aux conditions initiales",
    à comportement chaotique ou non, pour prétendre que des causes
    très faibles peuvent produire conséquences importantes sur
    un système aussi complexe que l’homme. Cette tentative de récupération
    est malheureusement pour eux irrecevable, car alors "l’horizon"
    des prédictions est très limité, c’est-à-dire
    qu’après une courte durée, les effets deviennent imprévisibles.

    La première conclusion importante à
    tirer des considérations ci-dessus, c’est que si l’astrologie "marche"
    (voir section 4), alors on n’a aujourd’hui pas la moindre idée de
    "comment ça marche". Les scientifiques ne peuvent que
    montrer qu’aucune loi connue ne permet de justifier l’influence supposée
    des planètes
    . Mais c’est fondamentalement aux astrologues de
    chercher la justification physique de leur pratique, et non aux scientifiques
    d’en démontrer pour eux l’inexistence (tâche logiquement impossible).
    Le problème est que les astrologues, mercantiles ou "sérieux",
    ne se préoccupent pas le moins du monde de cette question. Tout
    au plus se sont-ils préoccupés d’intégrer les planètes
    découvertes tardivement (Uranus, Neptune et Pluton) à l’astrologie
    ptoléméenne, elle-même fondée sur des règles
    arbitraires (au passage, il était pratique d’imputer à ces
    planètes les erreurs d’interprétation passées). Cette
    attitude est fortement non-scientifique.

    4 – DES TESTS DE L’ASTROLOGIE ou "EST-CE
    QUE CA MARCHE ?"

    4.1 – Une seule méthode de test

    La réfutation de l’astrologie soulève
    un point fondamental : pour être scientifiquement prouvée,
    il n’est pas nécessaire que l’influence d’un phénomène
    sur un autre soit observée (mesurée) et expliquée
    : l’une des deux conditions suffit. Par exemple, on peut démontrer
    le fait que les marées sont dues à la Lune soit par une démonstration
    théorique (on considère l’attraction universelle et on fait
    le calcul), soit par une analyse statistique (on mesure la marée
    pendant des années et on corrèle avec la position de la Lune).
    En revanche, comme on ne peut pas prouver théoriquement l’impossibilité
    d’une relation entre deux phénomènes, on ne dispose pour
    démontrer une absence de relation que de la méthode
    statistique.

    L’astrologie ne prétendant pas fournir (ni
    même chercher) une explication théorique à l’influence
    des astres sur l’homme, on ne dispose donc pour en tester la validité
    que de l’analyse statistique … par laquelle l’obtention de résultats
    tranchés est beaucoup plus difficile, et qui peut presque toujours
    être remise en doute.

    Là encore, il ne faut pas laisser les astrologues
    déplacer le problème : c’est à eux de prouver que
    l’astrologie marche et non aux astronomes – ou autres scientifiques – de
    prouver qu’elle ne marche pas. Or il y a déjà eu de très
    nombreuses expériences, toutes négatives, bien que
    les astrologues prétendent que certaines sont probantes. Sans faire
    ici un cours de statistique, il faut rappeler ici les conditions fondamentales
    devant être respectées pour garantir la validité scientifique
    de toute analyse de ce type :

  • (1) définir rigoureusement le protocole expérimental
    avant l’expérience et s’y tenir;
  • (2) vérifier le caractère significatif
    des résultats obtenus (tests de confiance, analyse des biais possibles,
    etc.);
  • (3) s’engager à publier tous les résultats
    obtenus, clairement et sous contrôle.
  • 4.2 – Résultats positifs …

    Dans le cas des tests astrologiques, l’analyse des
    résultats (2) semble en général correcte (pas d’erreur
    grossière sur les tests de confiance), mais ce sont les conditions
    (1) et (3) des expériences qui ne sont pas correctes. Aucune des
    expériences prétendument positives ne satisfait à
    ces deux conditions. Par exemple, dans les études des Gauquelin
    sur les corrélations entre métier et signe de naissance (effet
    "Mars"), des corrélations significatives sont obtenues,
    mais pour combien d’essais ? Si on essaie au hasard 1000 corrélations,
    l’une d’elles sera sans doute significative à une chance sur mille
    ! De plus, de nombreux biais sont possibles, comme l’influence – consciente
    ou non – de l’astrologie dans l’orientation du choix du métier.
    Enfin, comme on a le choix entre de très nombreuses caractéristiques
    astrologiques à corréler au métier des gens, il est
    facile d’en trouver "qui marchent mieux".

    Le milieu scientifique fait confiance à ses
    membres sur le point (3). Cela n’a pas empêché quelques ratés
    (en biologie, par exemple pour l’homéopathie). Mais les professionnels
    se sentent en général peu impliqués dans le résultat
    qu’ils obtiennent (c’est le fait d’obtenir un résultat qui compte),
    ce qui limite la tentation de frauder, tandis que les astrologues sont
    toujours juges et parties. Par exemple, les Gauquelin ont publié
    non seulement les travaux de leur "Laboratoire d’Étude des
    Relations entre Rythmes Cosmiques et Psychophysiologiques" [1970],
    mais aussi des livres qui prennent la défense de l’astrologie [1955,
    1966]. Quel astronome penserait à "défendre" l’astronomie
    ? Il existe même des cas où le commanditaire d’une expérience
    astrologique, au vu du résultat négatif, a refusé
    sa publication [Von Hoerner, 1996].

    Enfin, la présentation des résultats
    et le langage utilisé révèlent très souvent
    un biais de l’auteur (ouvrages de S. Fuzeau-Braesch, thèse de médecine
    de Couderat [1992]).

    En conséquence, on ne peut avoir aucune
    confiance dans les quelques expériences qui sont toujours citées
    comme positives !

    4.3 – … et résultats négatifs

    Parmi les nombreuses expériences négatives,
    citons (extraits de [Fraknoi, 1989]) :

  • une étude de B. Silvermann (psychologue)
    sur l’influence du signe astrologique sur l’issue du mariage, auprès
    de 2978 couples mariés et 478 divorcés : aucune corrélation
    n’a été obtenue avec les prédictions d’astrologues
    sur les (in)compatibilités entre signes;
  • une étude de J. Mc Gervey (physicien) sur
    la distribution des signes de 6000 politiciens et 17000 scientifiques :
    aucun signe privilégié n’a émergé de cette
    étude de type "Gauquelin";
  • une expérience de M. Gauquelin lui-même
    (statisticien), au cours de laquelle 141 individus sur 150 (94%) se sont
    reconnus dans le même horoscope interprété (de surcroît
    celui de l’un des pires meurtriers de l’histoire de France);
  • une expérience voisine de G. Dean [1977]
    portant sur deux groupes de quelques dizaines de personnes, confrontées
    dans l’un à l’interprétation de son horoscope, et dans l’autre
    à l’inverse de cette interprétation (traits de caractère
    inversés) : la même proportion (~95%) s’est reconnue dans
    les deux cas !
  • une étude enfin de R. Culver & P. Ianna
    [1988], qui ont entrepris de recenser les prédictions vérifiables
    concernant des personnalités, et ont trouvé une proportion
    d’environ 10% de succès, aisément attribuable au hasard et
    à l’intuition.
  • On trouvera d’autres exemples dans Pecker [1983],
    Colinon & D’Izarn [1974], la revue "Skeptical Inquirer",
    et les cahiers de l’Union Rationaliste. Mais la plupart de ces études
    souffrent évidemment des mêmes défauts que les expériences
    positives citées plus haut, et elles sont donc également
    critiquables.

    La seule étude respectant parfaitement les
    critères (1) à (3) ci-dessus, et donc la seule convaincante,
    est celle de S. Carlson [1985] publiée dans "Nature".
    L’objet en était de tester la thèse fondamentale de l’astrologie
    de naissance (reconnue par toutes les écoles d’astrologues comme
    l’astrologie "pratique, appliquée, respectable" par excellence),
    c’est-à-dire "la capacité de l’astrologie a interpréter
    les horoscopes de naissance en termes de personnalité, comportement,
    et événements majeurs probables de la vie". Le traitement
    exemplaire de cette étude justifie une description détaillée
    :

    – les participants consistaient en un groupe de test
    de ~100 volontaires (avec pour chacun le lieu, la date, l’heure de naissance
    à 15 minutes près, l’horoscope correspondant tracé
    par ordinateur, et un profil psychologique objectif – le California Personality
    Inventory ou CPI), un groupe de contrôle avec une distribution identique
    de signes de naissance, et 28 astrologues. Ces derniers ont d’abord construit
    les interprétations des horoscopes des 100 volontaires.

    – 3 tests complémentaires ont ensuite été
    effectués :


    • (a) reconnaissance par chaque volontaire de son
      horoscope interprété parmi 3;
    • (b) idem pour son CPI (parmi 3, d’individus de même
      sexe);
    • (c) reconnaissance par chaque astrologue d’un CPI
      parmi 3 à partir d’un horoscope interprété.

    Dans chaque cas, un classement était demandé
    avec une pondération de 1 à 10.

    De nombreuses précautions ont été
    prises pour éliminer biais et contestations possibles:

  • l’auteur s’est entouré d’un groupe de scientifiques
    et d’astrologues, à titre de conseil et de contrôle;
    il a établi le protocole de test avec leur accord; cette précaution
    élimine toute contestation ultérieure des résultats
    au titre du point (1) de la section 4.1.
  • tous les tests ont été effectués
    en "double-aveugle", c’est-à-dire en conservant l’anonymat
    de tous les participants, seulement identifiés par des codes chiffrés.
  • les horoscopes ont été réalisés
    uniformément (par logiciel) indépendamment des astrologues
    participants; la mention du lieu, de la date de naissance et du sexe n’a
    pas été fournie avec l’horoscope.
  • toute mention du signe de naissance et de l’âge
    a été éliminée de l’interprétation,
    ainsi que toute prédiction ou avis subjectif.
  • le test (a) subi par chaque volontaire du groupe
    test a été également soumis à un membre du
    groupe de contrôle, de même signe de naissance, pour éliminer
    le biais dû à ce dernier (pour être significatif, le
    taux de reconnaissance devait être plus élevé dans
    le groupe test).
  • enfin, les volontaires déclarés sceptiques
    envers l’astrologie, ou ceux ayant précédemment fait établir
    leur horoscope de naissance, n’ont pas été sélectionnés.
  • Les résultats sont sans appel : 1/3 de bon
    choix aux tests (a) et (c), avec ou sans prise en compte de la pondération.
    Ce chiffre correspond au pur hasard, alors que le pourcentage minimum de
    succès prudemment prédit par les astrologues était
    50%. Comme les résultats au test (b) sont aussi 1/3 de bon choix,
    l’auteur a honnêtement conclu à l’incapacité des individus
    à reconnaître leur propre profil psychologique, et donc à
    l’inutilité du test (a) pour vérifier ou infirmer l’astrologie.
    Le test (c), en revanche, indépendant de cette capacité d’auto-reconnaissance,
    prouve irréfutablement l’échec de l’astrologie de naissance.

    Notons au passage que le résultat inattendu
    du test (b) disqualifie les expériences positives ou négatives
    passées fondées sur cette auto-reconnaissance (et par ailleurs
    ne satisfaisant pas à la condition (1), ni en général
    (3)). Il montre aussi qu’un grand nombre de sujets est insuffisant pour
    assurer le caractère significatif d’un résultat, mais qu’au
    contraire un nombre modeste (ici 2
    ¥100)
    suffit si les biais sont maîtrisés et contrôlés.

    On peut aisément imaginer des extensions de
    ce test, ou des expériences visant à tester d’autres types
    de prédictions astrologiques :

  • remplacement de chaque volontaire par des psychiatres
    et psychologues qui le connaissent, dans les tests (a) et (b) ci-dessus;
  • comparaison des interprétations astrologiques
    du même horoscope réalisées indépendamment par
    plusieurs astrologues(en général divergentes);
  • prédiction de faits précis par les
    astrologues (en général, ils refusent !).
  • On peut même se poser la question "est-il
    possible de déduire un horoscope à partir de son interprétation
    ?", ou exprimée autrement "l’astrologie est-elle bijective
    ?". Le caractère qualitatif des interprétations et prédictions
    suggère une réponse négative. Aucune planète
    n’a jamais été découverte grâce à l’astrologie,
    par exemple!

    5 – L’ASTROLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE ?

    On a rappelé ci-dessus (4.1) que pour être
    scientifiquement valable, un phénomène ne doit pas obligatoirement
    être observé (mesuré) et expliqué. Beaucoup
    de phénomènes ont été parfaitement étudiés
    bien avant qu’on dispose d’une théorie (les marées, l’hérédité…).
    Mais dans tous les cas, il s’agissait de phénomènes énormes,
    dont l’existence était flagrante. Il est très curieux
    de constater qu’en astrologie, après 3000 ans et un monceau de littérature
    sur le sujet, les plus optimistes en sont encore à essayer de mettre
    en évidence l’existence même du phénomène. Cela
    semble être une caractéristique des fausses sciences : radiesthésie,
    télépathie, sourcellerie, etc. Au mieux, il s’agirait toujours
    de phénomènes marginaux. Pour nous (scientifiques), c’est
    bien sûr évident. Mais ça devrait inquiéter
    les astrologues…

    Le problème de l’impact de ce type de débat
    sur le public est que l’argumentation développée plus haut
    (sections 3 et 4) est convaincante dans notre système de
    pensée (scientifique), compte tenu de notre corpus de connaissances.
    Elle n’est pas utilisable vers d’autres. Au mieux elle ne sera pas convaincante,
    au pire elle nous fera taxer de dogmatisme (terrorisme de la pensée
    unique).

    Au cours de la réflexion "l’astrologie
    est-elle une science ?", on bute inévitablement sur d’autres
    questions, plus fondamentales, ou relatives à notre interlocuteur
    : le public.

  • Qu’est-ce que la démarche scientifique ?
  • Qu’est-ce que le raisonnement, la preuve scientifique
    ?
  • Comment pense l’homme de la rue ?
  • Comment faire passer le message scientifique ?
  • Quelques tentatives de réponses…

    La démarche scientifique est une méthode
    d’analyse de la réalité (mesurable), qui essaie de "l’expliquer"
    en termes d’un petit nombre de lois mathématiques. La science a
    à son crédit un relatif non-dogmatisme : les théories
    sont en sursis et doivent être réfutables pour être
    scientifiques ("falsifiabilité" au sens de K. Popper);
    une exception peut parfois suffire à remettre totalement en question
    une théorie scientifique (l’expérience de Michelson et l’existence
    de l’éther, par exemple). De plus, les scientifiques appliquent
    (tant bien que mal) une démarche collective cohérente menant
    à l’accumulation et au progrès des connaissances, contre-vérifiées
    et critiquées jusqu’au consensus : c’est la "cité des
    savants" de Bachelard. Dans ses domaines d’application, la science
    a un pouvoir prédictif certain et des applications pratiques évidentes.
    Elle fixe néanmoins des limitations à son champ de validité
    et ne remplace pas une perception "intuitive", "globale"
    du monde, qui se traduit par la mystique, la foi, etc. Ces dernières
    ont une problématique différente de celle de la science et
    ne recherchent pas l’assimilation avec elle (voir 3, plus haut).

    Les astrologues, en revanche, ont beaucoup à
    gagner d’un vernis scientifique, mais l’astrologie stagne depuis des siècles
    dans le qualitatif et l’arbitraire. Il suffit de considérer par
    exemple l’absence de consensus (et même de besoin de consensus) entre
    les différentes "écoles" : prise en compte ou non
    de la précession, nombre d’objets célestes à considérer,
    etc. Pire, l’interprétation d’un même thème par plusieurs
    astrologues est généralement différente. Ces divergences
    sont un signe convaincant du caractère de superstition arbitraire
    de l’astrologie, plutôt que de science.

    Le raisonnement et la preuve scientifique
    procèdent et résultent d’une démarche spécifique
    (analytique, inductive/déductive) et d’un corpus de connaissances
    de base associé à un système performant d’interrogation
    et de comparaison. Ils permettent à celui qui a reçu une
    formation scientifique de soumettre les nouvelles informations à
    cette grille d’analyse particulière, et de les intégrer ou
    les critiquer. Remarquons que cette démarche ne requiert pas un
    amalgame de connaissances encyclopédiques (faits et dates), souvent
    invoquées comme gages de crédibilité par les astrologues
    au cours des débats (voir section 7). C’est la traditionnelle opposition
    entre "tête bien faite" et "tête bien pleine".
    Il faut cependant noter la part inévitable de "croyance"
    dans la conduite normale de la démarche scientifique
    (voir la citation de Comte-Sponville [1996] en annexe)
    , guère
    critiquable bien que parfois utilisée en ce sens par les astrologues.

    La difficulté éprouvée par le
    scientifique à convaincre l’"homme de la rue" tient à
    la démarche intellectuelle souvent très différente
    de ce dernier : même quand elle est rationnelle, cette démarche
    est en général méthodologiquement incorrecte. Par
    exemple, il peut être convaincu par les arguments des astrologues
    illustrant leur propos par un seul cas particulier qui marche[8],
    et ce d’autant mieux qu’il veut croire à l’astrologie
    (voir la citation de Voltaire en annexe)
    .

    Enfin, l’homme de la rue n’est pas "demandeur"
    de science (d’images et de rêve, peut-être). Il est même
    plutôt "producteur" de schémas mentaux sur la science,
    forts éloignés de la réalité moderne et plus
    proches de l’image d’Épinal du savant du siècle dernier,
    poursuivant isolément ses recherches au sommet de sa tour d’ivoire
    (notons que cette image périmée est assez répandue
    chez les scientifiques eux-mêmes). Ce décalage rend le dialogue
    et la transmission du savoir difficiles.

    Dans ces conditions, comment faire passer le message
    scientifique ? Tout le problème de l’éducation du public
    et de la vulgarisation scientifique est posé (voir section 7).

    Mais après tout, pourquoi vouloir convaincre
    le public ? Pourquoi vulgariser la science ? Pourquoi combattre l’astrologie,
    démontrer son inanité, plutôt que de simplement laisser
    croire ceux qui le désirent ? La réponse nécessite
    un coup d’oeil sur la place de l’astrologie dans notre société.

    6 – ASTROLOGIE ET SOCIÉTÉ ou "À
    QUOI CA SERT ?"

    La plupart des astrologues eux-mêmes distinguent
    l’astrologie "sérieuse" ou "scientifique" de
    celle de tous les jours (les horoscopes des journaux). Cette dernière
    fait cependant largement recette (et on est en droit de se demander pourquoi
    les vendeurs de prédictions ne sont pas plus riches ?).

    Les raisons socio-psychologiques de ce succès,
    que nous ne pouvons qu’effleurer ici, correspondent entre autres aux besoins
    :


    • d’un lien entre l’homme et le cosmos,
    • d’irrationnel (en fait, de merveilleux),
    • d’une réponse à l’apparente "absurdité"
      du monde (jadis fournie par la religion, actuellement en faillite comme
      en témoigne le renouveau des spiritualités diverses),
    • de prédictions, quelles qu’elles soient,
      pouvant servir d’aide et de guide à travers les problèmes
      quotidiens.

    Or, si le rôle social de l’astrologie est à
    la limite acceptable lorsqu’elle se présente comme une grille d’interprétation
    symbolique (ludique?) – même dénuée de fondement –
    de la réalité, voire comme une aide psychologique pour résoudre
    par un "hasard déguisé" ou un "arbitraire
    déguisé" les situations de choix subjectifs où
    l’analyse rationnelle ne suffit pas, il y a d’autres dérives très
    néfastes:


      – son exploitation économique directe (consultations
      et autres escroqueries de victimes crédules, condamnables dans l’ancien
      Code Pénal) est plus que critiquable, de même que l’attitude
      de l’état – complice – qui se contente aujourd’hui de taxer les
      pratiquants de l’astrologie (et des autres sciences occultes), donc en
      fait leurs clients, au niveau de plusieurs (~4) milliards de francs par
      an ! Plus grave, la "Française des Jeux" – organisme sous
      le contrôle de l’état – a récemment franchi le pas
      en proposant une loterie à thème astrologique, n’hésitant
      pas à encourager l’obscurantisme pour remplir ses caisses.

      – l’astrologie est dangereuse dès lors qu’elle
      est utilisée pour gérer les affaires publiques: elle avait
      une influence importante sur le président américain Ronald
      Reagan, et avant lui sur la femme du président Roosevelt [Fraknoi,
      1989]; on a appris récemment que François Mitterrand y faisait
      appel; à un moindre niveau, des élus locaux avouent s’y référer
      (par exemple, A. Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, lors d’un débat
      télévisé en direct sur TF1 en Mai 1996). Dans le domaine
      privé, la situation n’est pas meilleure: le signe astrologique intervient
      dans le calcul des tarifs de certaines compagnies d’assurances en Grande-Bretagne,
      etc.

      – enfin, le recours à l’astrologie est monstrueux
      lorsqu’elle est utilisée pour le recrutement. Elle donne alors lieu
      à une discrimination au moins aussi grave que sexuelle ou raciale
      !


    D’autres implications politico-sociales sont moins
    visibles mais tout aussi perverses : la croyance en l’astrologie encourage
    la passivité, le conformisme, le fatalisme (le destin est écrit
    dans les astres). Elle remplit un rôle comparable à celui
    de la religion dans le passé (supportez votre esclavage ici-bas
    car le paradis vous attend), et l’état – outre son intérêt
    économique – profite à d’autres titres de ce bourrage de
    crâne qui décourage la réflexion critique et donc toute
    "subversivité". Les médias ont évidemment
    leur part de responsabilité en se faisant l’écho des "divinations"
    des astrologues et en leur donnant la parole au même titre qu’aux
    économistes, sociologues, politologues, et autres scientifiques.

    Si on critique le rôle social de l’astrologie
    (de l’astrologue), il est bon de considérer en regard celui de l’astronomie
    (de l’astronome). Cette dernière ne peut – et ne prétend
    d’ailleurs pas – fournir de réponse à l’apparente "absurdité"
    du monde (il y a encore de la place pour religion et spiritualités),
    ni servir de guide à travers les problèmes quotidiens. En
    revanche, elle peut aiguiser l’esprit critique et la capacité d’analyse,
    utiles sur le long terme pour développer la responsabilité
    individuelle. La planète Vénus, par exemple, jadis symbole
    des amoureux (et que l’astrologie prétend utiliser pour fournir
    une aide à la décision vis-à-vis du mariage), est
    en fait un enfer : température et pression écrasantes, atmosphère
    d’acide sulfurique; mais au-delà, elle est une leçon pour
    notre Terre et son atmosphère, et un encouragement à la prise
    de conscience de notre planète comme d’un milieu fragile et unique,
    à respecter et protéger, plutôt que comme d’un objet
    de prédation.

    Enfin (surtout?), l’astronomie peut proposer des
    réponses bien plus riches que celles de l’astrologie au besoin d’un
    lien homme-cosmos, et elle possède un indéniable potentiel
    à susciter l’émerveillement. Par exemple :

    – les atomes qui nous composent (les éléments
    plus lourds que l’Hélium) ont été fabriqués
    par fusion nucléaire au coeur des premières générations
    d’étoiles massives de notre galaxie, il y a des milliards d’années
    (voilà un lien profond et bien réel entre l’homme et le cosmos!).

    – le paradoxe d’Olbers (le simple constat que la
    nuit est noire) mène à la durée de vie finie des étoiles
    ("les étoiles ne sont pas assez vieilles" fut la réponse
    pressentie par Edgar Poe !), des galaxies et de l’Univers lui-même,
    et à son expansion. Les récentes poses très longues
    du télescope spatial Hubble ou du "New Technology Telescope"
    de l’Observatoire Européen Austral illustrent merveilleusement cette
    "quête des confins de l’Univers"[9].

    On pourrait multiplier les exemples, mais le problème
    est que la vulgarisation astronomique actuelle, à de rares exceptions
    près, se limite à la présentation (l’explication)
    des phénomènes et des théories. Or il paraît
    possible de prendre en compte les besoins du public sans trahir la rigueur
    de la démarche de vulgarisation. De premières tentatives
    en ce sens existent: les premiers ouvrages de H. Reeves [1981, 1984, 1986],
    les "Conversations sur l’invisible" d’Audouze et al. [1988],
    "Les oreilles dans les étoiles" de Boujenah et al.
    [1995], et quelques autres… Vulgariser plus et mieux ? La matière
    ne manque pas, surtout en astronomie (c’est plus difficile en physique
    des particules, par exemple).

    7 – COMMENT PRENDRE LE DÉBAT ?

    On ne peut donc pas se fonder sur les arguments discutés
    en 2.2 pour réfuter l’astrologie : problèmes des hautes latitudes,
    de la précession des équinoxes, du caractère tridimensionnel
    des constellations, ou de la 13ème constellation
    zodiacale "oubliée".

    Certains opposants à l’astrologie ont soulevé
    des questions pertinentes du genre : "l’horoscope de l’instant de
    la conception ne devrait-il pas être substitué à celui
    de la naissance ?" – en effet, l’instant considéré comme
    début de la vie a évolué, contrairement à la
    démarche astrologique (peut-être parce que l’instant de la
    conception est particulièrement difficile a déterminer).
    D’autres ont tenté d’illustrer l’absurdité de l’hypothèse
    astrologique en la comparant à une nouvelle "science"
    inventée de toutes pièces (qui corrélerait les destinées
    humaines à la position des avions de ligne dans le ciel, par exemple
    – voir [Fraknoi, 1989]).

    Bien qu’on ait insisté plus haut sur le fait
    que ce n’est pas à l’astronome de tenter de démonter l’astrologie
    (ni au scientifique en général de partir en croisade contre
    tous les types d’escroqueries para-scientifiques), il est parfois acculé
    au débat, notamment par les questions du public ou l’organisation
    de débats publics, par exemple télévisés. Nous
    pensons qu’il ne sert à rien de faire l’autruche en refusant de
    participer à de tels débats. En revanche, il faut y être
    un peu préparé, car l’astrologue est souvent plus expert
    en communication avec le public (puisque c’est une nécessité
    de sa pratique). Il n’y a évidemment pas de recette type, mais nous
    donnons ci-dessous quelques conseils tirés de nos expériences,
    et mentionnons certains pièges a éviter :

  • se méfier des connaissances souvent encyclopédiques
    des astrologues (noms, faits et dates de l’histoire de l’astronomie) qui
    le font apparaître comme plus "expert" en astronomie que
    l’astronome; il est vain d’essayer de prendre l’astrologue à son
    propre jeu, sauf si l’on est soi-même une encyclopédie vivante
    de l’astronomie; une meilleure réponse à ce type d’argument
    passe par l’explication de la démarche et du raisonnement scientifique
    (discussion "tête bien faite"
    ´
    "tête bien pleine" de la section 5).
  • éviter d’utiliser de mauvais arguments aisément
    réfutables par les astrologues : horoscopes identiques pour un grand
    nombre d’individus (2.1.2), problème des hautes latitudes (2.2.1),
    précession des équinoxes et correspondance zodiaque
    ´
    constellations, nature tridimensionnelle des
    constellations vues en projection sur le ciel, 13ème
    signe (2.2.2); ne pas faire d’amalgame discutable entre astrologie, divination,
    voyance… (cf. l’erreur tactique de la section 3).
  • réclamer systématiquement aux astrologues
    les justifications et les preuves de leur pratique, s’ils la prétendent
    scientifique (plutôt que de tenter de faire la démonstration
    précise mais complexe, à l’aide de statistiques et de considérations
    physiques incompréhensibles par le commun des mortels, que l’astrologie
    n’est fondée sur rien et ne fonctionne pas); relever dans un langage
    simple (pas de jargon) les inexactitudes et incohérences de leurs
    réponses; les sections 2, 3 et 4 devraient fournir des arguments
    de poids : aucune explication physique n’est actuellement disponible ni
    même en vue, le chaos efface toute possibilité de prédiction
    fiable, etc.
  • profiter du temps économisé sur les
    démonstrations ci-dessus pour parler des succès et des attraits
    de l’astronomie (et de la science en général).
  • insister si possible sur les questions d’éthique
    et d’argent (section 6), auquel le public est sensible.
  • et puis, tout bêtement, garder le sourire,
    éviter de s’énerver (pour ne pas étayer l’image de
    l’aride scientifique !), et si possible faire preuve d’humour : on mettra
    les rieurs de son côté (voir par exemple le sketche "L’horoscope"
    de R. Devos [1968]).
  • Dans tous les cas, il ne faut surtout pas sous-estimer
    l’auditoire ! Tous ceux qui croient à l’astrologie ne sont pas des
    ignorants, des demeurés, ou des escrocs ! Beaucoup sont sincèrement
    convaincus (même parmi les astrologues). Après tout, nous
    connaissons tous des collègues qui se soignent par homéopathie
    !

    8 – CONCLUSION 

    L’astrologie propose son interprétation d’un
    vieux rêve : celui du lien de l’homme avec le cosmos. Malheureusement,
    cette interprétation est infondée et "frelatée",
    et de plus sujette à de multiples formes d’exploitation critiquables.
    L’astronome, souvent interpellé et/ou associé à son
    corps défendant, se doit de la combattre. Pour le faire efficacement,
    il est nécessaire de connaître ce que l’on combat, et de séparer
    les bons arguments de ceux qui sont trop aisément réfutables
    par les astrologues.

    Mais surtout, les astronomes sont capables de proposer
    une bien meilleure réponse à ce vieux rêve des hommes,
    s’ils veulent bien s’en donner la peine, et vulgariser à la fois
    plus et mieux. Il s’agit de porter l’information scientifique auprès
    du public, de façon rigoureuse mais aussi intelligible et attrayante
    (en évitant toutefois la dérive d’une démarche de
    communication publicitaire et auto-dithyrambique, comme la pratique la
    NASA par exemple).

    Si l’apparition de nombreux ouvrages de vulgarisation
    de qualité traduit un réel effort d’information et d’éducation[10],
    un important travail de forme (accessibilité et attrait du discours)
    nous semble encore nécessaire de la part des astronomes et des scientifiques
    en général.

    Le but de ces efforts devrait être d’intégrer
    le citoyen à la "communauté des savants". C’est
    un enjeu vital pour tout le monde : les savants à court terme (crédits,
    utilité, reconnaissance…), et les citoyens à plus long
    terme; la science n’est a priori ni bonne ni mauvaise, mais les citoyens
    ne pourront influer sur l’utilisation qui en est faite que s’ils sont suffisamment
    informés.

     

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    Remerciements

    Nous remercions Françoise Roques pour avoir
    organisé à l’Observatoire de Meudon la conférence
    à l’origine de cet article, et pour nous avoir poussés à
    le rédiger. Les remarques de nombreux collègues, au cours
    du débat suivant la conférence ou parvenues ultérieurement,
    nous ont été très utiles; qu’ils en soient remerciés.

    ANNEXE : Citations

  • André Comte-Sponville, "A propos du
    négationnisme", L’Express, 30/5/96.
  • "Ce qu’il faut rappeler d’abord, contre ces
    âneries [des négationnistes] c’est qu’aucune connaissance
    n’est possible sans un certain nombre de croyances bien établies.
    Nul ne peut tout vérifier, tout contrôler, tout examiner.
    Comment la biologie pourrait-elle se développer si chaque biologiste
    devait refaire lui-même toutes les expériences, s’il devait
    vérifier les connaissances physiques ou chimiques dont il se sert,
    s’il devait démontrer chacun des théorèmes mathématiques
    qu’il utilise ? La " cité des savants ", comme disait
    Bachelard, ne peut progresser que par la convergence de plusieurs disciplines,
    chacune complétant l’autre, en amont ou en aval, et l’ensemble produisant
    – à coups de rectifications permanentes – ce consensus si remarquable
    des scientifiques d’abord, puis, autour d’eux, grâce à eux,
    des esprits informés. C’est ainsi que nous savons que la Terre tourne
    autour du Soleil ou que l’eau est constituée de deux atomes d’hydrogène
    pour un atome d’oxygène. Connaissance ? Croyance ? L’une et l’autre
    – c’est ce que j’appelle une croyance bien établie, et qui distingue
    le savoir de la religion. Celui qui voudrait revenir au géocentrisme
    de Ptolémée ou aux éléments des anciens alchimistes,
    ce n’est pas la foi qui lui manquerait ; c’est la culture, et c’est le
    sérieux."

  • Voltaire (à propos des cas particuliers de
    prédictions qui marchent).
  • "Un astrologue ne saurait avoir le privilège
    de se tromper toujours".

     

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    QUELQUES RÉFÉRENCES

  • J. Audouze, M. Cassé & J.-C. Carrière,
    "Conversations sur l’invisible", Belfond, 1988.
  • I. Azevedo, P. Pinto-do-O & N. Borges, Nature,
    376, p. 381, 1995.
  • A. Baxer-Jones & P. Helms, Nature, 370,
    p. 186, 1994.
  • P. Bianucci, "La Lune", Bordas,
    Paris, 1990.
  • M. Boujenah, D. Kunth & J. Lanzmann, "Les
    oreilles dans les étoiles"
    , Ramsay, 1995.
  • S. Carlson, "A double-blind test of astrology",
    Nature, 318, pp. 419-425, 1985.
  • M. Colinon & P. D’Izarn, Historia, Special
    N°34, 1974.
  • A. Comte-Sponville, L’Express, p. 157, 30
    Mai 1996.
  • Couderat, Thèse, Faculté de Médecine
    de la Pitié-Salpétrière
    , Paris VI, 15 Mai 1992.
  • P. Couderc, "L’astrologie", Que
    Sais-Je ?, Presses Universitaires de France, 1974. (épuisé
    et remplacé sous le même titre par: S. Fuzeau-Braesch, P.U.F.,
    1989, qui est un plaidoyer pro-astrologie !).
  • R. Culver & P. Ianna, "Astrology: true
    or false"
    , Prometheus books, New-York, 1988.
  • G. Dean, "Recent advances in natal astrology",
    Analogic, 1977.
  • R. Devos, "L’horoscope", in "Ca
    n’a pas de sens", Denoël, 1968.
  • D. Di Cicco, "Astrology faces the Gemini
    Challenge", Sky & Telescope, p. 149, Août 1989.
  • A. Dudink, Nature, 368, p. 592, 1994.
  • S. Edwards, Nature, 370, p. 186, 1994.
  • A. Fraknoi, "Your astrology defense kit",
    Sky & Telescope, pp. 146-150, Août 1989.
  • S. Fuzeau-Braesch, "Pour l’astrologie: réflexions
    d’une scientifique"
    , Albin Michel, Paris, 1996.
  • M. Gauquelin, "L’astrologie devant la science",
    Éd. Planète, 1955.
  • M. Gauquelin, "The scientific basis of astrology",
    Stein and Day, New york, 1966.
  • M. & F. Gauquelin, "Birth and planetary
    data of 15560 successful professionals"
    , 6 vol., LERRCP, 1970.
  • T. Gotoda, Nature, 377, 672, 1995.
  • A. Gurshtein, "When the zodiac climbed into
    the sky", Sky & Telescope, pp. 28-33, Octobre 1995.
  • D. C. Heggie, "Megalithic Science",
    Thames & Hudson, New-York, 1981.
  • Nelson, RCA Review, Mars 1951
    (effets planétaires sur l’activité Solaire)
    .
  • J.-C. Pecker, La Recherche, 140, pp. 118-128,
    Janvier 1983.
  • H. Reeves, "Patience dans l’azur",
    Seuil, 1981; "Poussières d’étoiles",
    Seuil, 1984; "L’heure de s’enivrer", Seuil, 1986.
  • S. Ruphy & J.-M. Huré, La Recherche,
    pp. 84-87, Décembre 1996.
  • Science & Vie, 611, Août 1968
    (canular).
  • Skeptical Inquirer, CSICOP, New-York (N°5-2,
    1980; N°6-1, 1981; N°6-6, p. 32, 1981; Hiver
    1986-87, p. 166; Printemps 1987, p.257; Automne 1988,
    p.3)
  • Thurston, "Early Astronomy", Springer,
    1994.
  • M. Treillis, C.R. Acad. Sciences, 262, p.
    312 & p. 376, 1966 (effets planétaires
    sur l’activité Solaire)
    .
  • S. Von Hoerner, Sterne und Weltraum, Mars
    1996
    .
  • P. Zarka, "Auroral emissions from outer planets:
    observations and theories", J. Geophys. Res., sous presse,
    1998.
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    NOTES

    1 – Entre 1982 et 1993, le pourcentage de
    personnes répondant "Oui" à la question


      "Croyez-vous à l’explication des caractères
      par les signes astrologiques ?"


    est passé de 36% à 46%, et à
    la question


      "Croyez-vous aux prédictions par les
      signes astrologiques, les horoscopes ?"


    de 23% à 29% [source CEVIPOF].

    Le CEVIPOF, Centre d’Étude de la VIe POlitique
    Française, est un laboratoire CNRS / FNSP (Fondation Nationale des
    Sciences Politiques). D. Boy et G.Michelat y étudient depuis 1982
    l’attitude des Français envers les parasciences, en particulier
    à partir d’enquêtes de la SOFRES.

    On pourra consulter :


    • "La pensée scientifique et les parasciences",
      Colloque de la Villette, 24-25 Février 1993. Albin Michel, 1993.
    • "Les Français et les parasciences",
      in "SOFRES, l’état de l’opinion 1994". Le Seuil, 1994
      (où on trouvera d’autres références).

    2 – La publication d’ouvrages d’astrologie
    ou pro-astrologie est un commerce florissant et en plein essor, régulièrement
    relayé par des articles et "dossiers" complaisants dans
    la presse grand public (voir par exemple l’"Enquête sur l’Astrologie",
    dans L’Express du 22/5/1997). Le nouvel an (même chinois !) et les
    vacances d’été sont l’occasion d’"explosions" journalistiques
    sur le sujet. Des sites Internet pro-astrologie (dont nous ne communiquons
    pas ici les coordonnées!) se développent également.

    3 – Le jeu "Astro-Loto", l’un des
    derniers-nés de la "Française des Jeux", exploite
    la crédulité du public et encourage l’obscurantisme. Il a
    occasionné une pétition envoyée à son Ministère
    de Tutelle (Économie, Finances et Industrie), à d’autres
    ministères (Éducation Nationale, Recherche et Technologie
    & Culture et Communication), ainsi qu’à la presse. Elle a reçu
    jusqu’ici une fin de non-recevoir de la part de la "Française
    des Jeux".

    4 – L’utilisation malheureuse d’arguments
    comme la prétendue absence d’horoscope pour les individus nés
    au delà du cercle polaire (voir la discussion en 2.2.1) fragilise
    l’argumentaire – en général excellent – des articles s’opposant
    à l’astrologie (voir par exemple [Pecker, 1983] ou [Ruphy &
    Huré, 1996]).

    5 – Au 18ème siècle,
    le signe était indiqué par son symbole astrologique. Ensuite,
    il l’a été par un nombre de 0 à 11. Par exemple, dans
    la "Connaissance des Temps" pour l’année 1833, la longitude
    de la Lune le 1er Juin à midi est notée
    : 7.28.30.11,4. Cela se traduit par : 28° 30′ 11.4" après
    le début du Scorpion (8ème signe, numéroté
    7). Nous écririons aujourd’hui 238° 30′ 11.4". Il est pourtant
    clair qu’on ne peut guère suspecter les astronomes de 1833 d’avoir
    ignoré la précession !

    6 – Ce mouvement de précession résulte
    de l’attraction du Soleil et de la Lune sur le bourrelet équatorial
    terrestre.

    7 – Comparaison de l’intensité de la
    force de gravitation (proportionnelle à Masse/Distance2)
    et de la force de marée (proportionnelle à Masse/Distance3)
    exercée par la Lune, le Soleil, les planètes (au plus près
    de la Terre), la Tour Eiffel ou une montagne (à ~1 km), et le médecin
    accoucheur (à 1 m) sur un être humain nouveau-né :
































    Masse (kg)



    Distance (m)



    Force de gravitation

    (Lune=1)



    Force de marée

    (Lune=1)



    Lune



    7 ¥
    10^22



    4 ¥
    10^8



    1



    1



    Soleil



    2 ¥
    10^30



    1.5 ¥
    10^11



    200



    0.5



    Mercure



    3 ¥
    10^23



    9 ¥
    10^10



    1 ¥
    10^-4



    4 ¥
    10^-7



    Vénus



    5 ¥
    10^24



    5 ¥
    10^10



    5 ¥
    10^-3



    4 ¥
    10^-5



    Mars



    6 ¥
    10^23



    8 ¥
    10^10



    2 ¥
    10^-4



    1 ¥
    10^-6



    Jupiter



    2 ¥
    10^27



    6.5 ¥
    10^11



    1 ¥
    10^-2



    6 ¥
    10^-6



    Saturne



    6 ¥
    10^26



    1.5 ¥
    10^12



    6 ¥
    10^-4



    2 ¥
    10^-7



    Uranus



    9 ¥
    10^25



    3 ¥
    10^12



    2 ¥
    10^-5



    3 ¥
    10^-9



    Neptune



    1 ¥
    10^26



    4.5 ¥
    10^12



    1 ¥
    10^-5



    9 ¥
    10^-10



    Pluton



    1 ¥
    10^22



    6 ¥
    10^12



    6 ¥
    10^-10



    14



    Montagne



    ~10^12



    2000



    0.5



    100 000



    Tour Eiffel



    ~2 ¥
    10^8



    500



    2 ¥
    10^-3



    1 600



    Médecin accoucheur



    ~ 100

    (il est gros !)



    1



    2 ¥ 10^-4



    80 000


    8 – Dans un Paris-Match de 1997, on pouvait
    lire au sujet du gagnant de 69 MF au loto : "Son horoscope l’avait
    prédit : ‘Succès pour les Balance’ ". Or, pour
    ce tirage, il y a eu environ 12 millions de grilles jouées, donc
    un million par des Balance, parmi lesquels 999999 n’ont pas gagné
    le gros lot. sic !

    9 – Voir par exemple les sites suivants sur
    l’Internet, pour les images récentes du "New Technology Telescope"
    de l’Observatoire Européen Austral :


    • http://www.eso.org/outreach/press-rel/
    • http://www.eso.org/outreach/press-rel/pr-1998/phot-01-98.html

    et pour le télescope spatial Hubble :


    • http://www.stsci.edu/pubinfo/Pictures.html
    • http://www.ast.cam.ac.uk/hubblepics/
    • http://www.ast.cam.ac.uk/OpenDay/HST/

    10 – Le Prix du livre d’Astronomie du Festival
    d’Astronomie de Haute-Maurienne (Vanoise) récompense chaque année
    le meilleur ouvrage d’astronomie pour le grand public publié l’année
    précédente en langue française (avec un prix spécial
    pour les ouvrages destinés aux "juniors").

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    François Biraud est Directeur de Recherches
    au C.N.R.S. (en retraite), à l’Observatoire de Paris, Département
    ARPEGES (Unité de recherche associée au CNRS N°1757),92195
    Meudon.

    Philippe
    Zarka
    est Chargé de Recherches au C.N.R.S., à l’Observatoire
    de Paris, DESPA (Département de recherche spatiale, Unité
    de recherche associée au CNRS N°264), 92195 Meudon.

    Tous deux ont l’expérience de débats
    (télévisés, notamment) avec des astrologues.

    Ce texte a pour origine la conférence "ASTRONOMIE
    / ASTROLOGIE : LE DÉBAT !
    " donnée par les auteurs
    le 7 Avril 1997 à l’Observatoire de Meudon.

    F. Biraud & P. Zarka, le 17 Février 1998.



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